Rentrée sans 6e à la Reynerie

affiche-reynerie-jpgCommunique de l’Assemblée Parents – Enseignants – Habitants à propos de la rentrée 2017 à la Reynerie

La rentrée 2017 se fait sans niveau 6° pour les élèves de la Reynerie, au collège Raymond Badiou. Le Conseil Départemental et le Rectorat n’ont rien voulu entendre des arguments de nombreux parents, enseignants et habitants qui pendant 10 mois ont demandé la mise en place d’un moratoire et le maintien des 6° pour la rentrée 2017. Les institutions sont restées figées et

méprisantes à l’encontre des habitants du quartier et du travail des enseignants. Même la proposition de faire « 50-50 » (dès décembre 2016, des parents ont proposé qu’il y ait échange d’élèves de différents collèges sur la base du volontariat) a été refusée de suite, sans discussion, en disant « qu’on ne pouvait pas forcer des familles favorisées à venir à la Reynerie, ils ne voudront pas. »
Pour autant, la mobilisation, le travail et la réflexion menés en commun pendant des mois par des dizaines et des dizaines de gens différents, ont permis de limiter les dégâts dans les faits et dans les têtes, et se poursuivent car les questions restent entières et les points que nous avons avancé sont toujours d’actualité.

Nous avons, ensemble, Parents, Enseignants et Habitants du quartier, et au-delà, initié une nouvelle façon de nous rencontrer, de travailler et d’agir pour le bien de tous les enfants, pour qu’aucun ne reste sur bord de la route. Cette « mixité » que le CD nous a dit vouloir promouvoir en déplaçant unilatéralement des enfants du quartier, nous l’avons mise en place réellement, de façon volontaire : gens différents par les métiers, les origines, les façons de vivre, nous avons bâti un lieu, créé une instance de rencontre qui par son existence même bât en brèche tous les faux prétextes des « experts » de la mixité sociale. Nous avons montré que les gens eux-mêmes, ceux touchés directement dans leur vie par le maintien ou non du collège dans le quartier, sont capables et
compétents pour dire ce qu’il faut pour les enfants. Chacun peut voir qu’à la Reynerie les parents sont comme ailleurs soucieux du bien de leurs enfants, investis dans leur scolarité, ouverts, et qu’ils se battent pour le collège public dans le quartier, à l’opposé de la vision communautariste que le Conseil Départemental et le rectorat propagent sur le quartier. Cette solidarité, cette capacité à
travailler ensemble, dans la durée, entre gens différents, cette volonté de protéger les enfants et de leur donner confiance en eux et en leur pays, cette égalité entre nous, tout cela nous a permis de résister au mépris et à la violence des institutions, de conserver notre dignité et d’envisager l’avenir et la poursuite de la lutte de façon sereine.
Si il y a échec, c’est celui du CD et du Rectorat : voyons les résultats immédiats.

1) De nombreux parents ayant refusé les collèges d’affectation imposés ont mis leurs enfants dans le privé, ou ont obtenu des dérogations dans les collèges autour de Reynerie pas spécialement « favorisés » comme disent les institutions (plusieurs sont même en éducation prioritaire comme Badiou/Bellefontaine). Le CD et le Rectorat ont préféré cette fuite en avant plutôt que d’avoir à
affronter la colère et la détermination des parents à la rentrée ! Ce serait risible si tout cela ne se faisait pas sur le dos des enfants et des parents qui ont déjà pour beaucoup d’autres difficultés à surmonter. Un tel mépris envers les parents et le refus permanent de les reconnaître ne peut mener qu’à un gâchis.

2) Le prétexte de la « mixité sociale » pour justifier la fermeture des 2 collèges de Reynerie et Bellefontaine apparaît pour ce qu’il est : un mensonge politique. Il nous a été répété en boucle : « en côtoyant des enfants plus riches, les enfants de Reynerie auront de meilleurs résultats ». Dans la Dépêche du 01/09/17, M. Meric déclare : « L’école française est aujourd’hui celle des pays
de l’OCDE où l’origine sociale des enfants pèse le plus lourd dans les résultats scolaires. En Haute-Garonne comme au niveau national, des écoles ou collèges concentrent à la fois des élèves d’origine sociale modeste et des taux d’échec scolaire importants. » Il le dit lui-même : l’école française n’est pas faite pour les élèves d’origine sociale modeste. Alors, en quoi déplacer des enfants rendra l’école moins inégalitaire et supprimera « le déterminisme social, la ségrégation sociale » (toujours M. Meric dans la Dépêche du 1/09) ? A cela aucune réponse cohérente…

A partir de là, ne vaut-il pas mieux réfléchir à comment l’école peut prendre en compte ces élèveslà dans sa pédagogie, dans ses programmes, dans son organisation ? C’est ce que font les enseignants et le personnel du collège Badiou, malgré des moyens insuffisants et sans cesse diminués. Et quoi qu’en disent le CD et le rectorat, les élèves n’y réussissent pas moins bien que les
autres élèves aussi « modestes » qu’eux, qu’ils vivent dans un quartier populaire, dit « défavorisé », dans une zone rurale ou qu’ils fréquentent un collège plus « mixte ». Si la mixité sociale était la solution, tous les élèves de condition modeste n’étudiant pas en éducation prioritaire seraient en réussite scolaire. Chacun sait bien que ce n’est pas le cas, et que les étudiants ne sont pas
massivement issus de familles pauvres. Par contre, beaucoup d’anciens élèves de Reynerie sont diplômés de l’enseignement supérieur (voir leurs témoignages sur FB), et beaucoup d’autres sont insérés dans la vie active malgré la précarité qui se généralise.

3) En détruisant les 2 collèges (Badiou et Bellefontaine) du Mirail, symboles d’éducation et de service public dans le quartier (plus de 15000 habitants), le CD et le rectorat détruisent des lieux de vie, de rencontres, d’apprentissage collectif de la citoyenneté, de cohésion sociale sur le quartier, et balaient les efforts faits par des adultes (parents, enseignants, personnels de l’éducation…) pour soutenir des enfants dans des situations parfois difficiles. Quel est le message envoyé à ces jeunes adolescents ? Quel espoir peuvent-ils avoir en l’école et l’apprentissage scolaire ? Une élève nous disait : « Ils veulent casser l’image du collège, mais l’image du collège, c’est moi, c’est les élèves. C’est nous qu’ils cassent. »
Détruire les collèges, c’est dire qu’il faut chercher ailleurs que dans l’éducation, qu’il n’y a aucun espoir pour certains de ce côté-là. C’est abandonner les enfants les plus fragiles à l’influence de ceux qui leur proposent l’argent facile et une reconnaissance rapide mais factice.
M. Meric et les experts du CD et du Rectorat jouent aux apprentis sorciers, incapables de comprendre que les choses doivent se faire avec les gens concernés, qui connaissent la vie sur le quartier, ses difficultés et ses points positifs. La Reynerie n’est pas un ghetto, quoiqu’ils en disent eux qui n’y vivent pas, mais risque malheureusement de le devenir si les autorités persistent dans
leur abandon et leur mépris. Quant à nous, nous maintenons qu’il faut le collège dans le quartier (construire le nouveau
collège avant de détruire l’actuel), qu’il faut donner confiance aux jeunes, qu’il faut soutenir les parents dans leur volonté de suivre de près et au quotidien leur scolarité. Pour cela, quoi de mieux qu’un collège de proximité, où l’on peut rencontrer facilement les enseignants ?
Durant cette année nous allons suivre ce que deviennent les collégiens déplacés, nous verrons avec les parents qui ont leurs enfants en primaire que faire pour leur future entrée en 6° et nous serons attentifs au bien-être moral et scolaire des élèves du collège Badiou, qui se sentent abandonnés et rejetés.
Nous savons bien, par expérience, que pour aider et sauver les enfants il ne faut rien attendre des mensonges sur « la mixité sociale » ou autres. Il faut être présents sur le terrain, chercher ensemble ce qui est le mieux pour les enfants, pour qu’aucun ne se retrouve sur le bord de la route.

L’ASSEMBLÉE PARENTS – ENSEIGNANTS – HABITANTS
Mail : assembleeparentsprofshabitants@gmail.com
Blog : https://assembleeparentsenseignantshabitants.wordpress.com/
La page Facebook : Reynerie Bellefontaine Mirail Toulouse, le 02/09/2017